Mardi 5 août 2008 2 05 /08 /Août /2008 09:24

L'amour, c'est beaucoup plus que l'amour. Il y entre autre chose, l'esprit après les sens, l'âge, la douleur...

Je crains que, faute d'éducation, les jeunes filles d'aujourd'hui ne sachent pas aimer. L'amour exige certaines préparations, une retenue, des réserves, une rêverie préalable, comme une religion qui a été très tôt déposée dans le coeur.

Trop de rencontres, trop de facilité à se lier, gênent le choix, engourdissent l'instinct. C'est une concentration du sentiment qui fait découvrir dans un être ce qu'il peut donner.

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Que deux êtres destinés à s'aimer se rencontrent, c'est incroyable. Le cas est rare et l'on pourrait se dispenser d'en parler. Cependant, tout se passe dans la société comme si l'exception était la règle, l'amour partagé et durable, ce que le mariage suppose. Tout est organisé en faveur de l'exception merveilleuse.




                                            *

Le bonheur d'un couple de très jeunes mariés est si innocent, comme tous les bonheurs, qu'il n'a vraiment pas de réalité. Ces jeunes gens ne savent pas qui ils aiment et s'ignorent eux-mêmes. Que tant d'aveuglements porte en soi, parfois, un instinct très sûr, et que ce couple, sortant de la nuit et enfin diversifié, absolument autre, n'ait pas de repentir, c'est étrange, mais cela se produit.

Le bonheur par l'amour, je me le représente plutôt dans l'âge mûr, lorsqu'on a conscience du miracle qui le constitue, de ses rapports avec la souffrance, de ce qu'il vous donne et peut reprendre.

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Les plaisirs de l'intimité sont faits de rien: un entretien affectueux, la beauté d'un arbre, l'art, un regard tendre.

Les signes véritables de l'amour, indépendants du tempérament, sont si discrets qu'on douterait d'un tel sentiment: ainsi de toutes choses profondes, belles ou vraies; elles sont à peine distinctes.

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L'amour ? une indulgence infinie, un ravissement pour de petites choses, une bonté involontaire, un complet oubli de soi-même.

Cette vocation pour un être, qu'on appelle amour, les renoncements qu'elle veut, ce sentiment changeant et obstiné, ce jugement plein d'illuminations et d'aveuglements, c'est une grande affaire et très mystérieuse !

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La jeune fille est formée par la rêverie. Tout d'un coup, la maternité l'assujettit et lui impose cette vigilance minutieuse, ce profond réalisme, qui permettent aux enfants de vivre. En même temps, la femme est aux prises avec les calculs précis et connaît tout le poids de la vie matérielle. Son courage et son adresse en face d'une épineuse réalité atteignent au sublime chez les pauvres.
C'est l'homme qui rêve, ou qui boit.

                                             *

Les enfants, c'est le monde tumultueux des cris, des larmes, des pas précipités, des émotions brèves, intenses toujours, qui formeront plus tard un composé neutre, et jusqu'à cette dilution de la maturité qui a nom sagesse.
Les jeunes mères tâchent de calmer la terreur de l'enfant qui ouvre la bouche devant un jet de vapeur ou un animal; elles dorment auprès de lui et ne le quittent jamais - surveillantes qui n'ont plus de liberté, ni même d'existence personnelle. Naguère, elles étaient presque des enfants, jeunes filles vacantes qui avaient un caractère indépendant, et des idées sur l'amour, et l'intention d'être heureuses à leur façon. Les voici pliées à une servitude qu'elles n'imaginaient pas du tout et qui leur est subitement naturelle.

                                           Jacques Chardonne, L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour

                                                     éd. Albin Michel, (1957)

Par La Revue Anima - Publié dans : citations : Jardin des délices
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Commentaires

Amitiés d’un petit poète qui s’enquiert de toute lumière…et vous convie au partage des émotions…
Commentaire n°1 posté par rené le 13/11/2008 à 18h06

Texte Libre

Qu'est-ce que Boire la tasse ? Avant tout, grâce à l'Arbre Vengeur, un recueil de quinze nouvelles de Christophe Langlois à paraître le 24 août prochain à l'heure du thé - ou du café, c'est selon...

 

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Lueur

"Comment vous dire. Je suis beaucoup moins sur le propos de votre vie que vous ne paraissez le penser. Pardonnez-le moi. Je suis un peu buté sur ma propre infortune et j'ai pris une horreur de tout ce qui ressemblerait à de la direction. Mais je suis entièrement sur le propos de votre âme et de votre oeuvre. Quand je vois les précautions incroyables que j'avais prises pour ne pas en perdre d'autres, que j'ai perdus, j'ai une terreur panique de commettre avec vous une maladresse ou d'exercer un atome de gouvernement."

De Charles Péguy à Jacques Rivière, le 22 août 1913 (introduction à Miracles d'Alain-Fournier)

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