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Curieux d’évoquer une jeune fille, et non pas un enfant, tout simplement.
Quelle autre stupeur invoquer, en effet, que celle de l’innocence gommée par la Gravité, gravité que pas même une vieille vie ne parvient à déborder ?
Pourquoi restreindre à la jeune fille ? Sinon pour en pleurer la vaine beauté, et cette douceur qui ne profitera à personne ?
Quand même…
Par une précocité parfois, la jeune fille ne peut-elle pas se hausser hors de la vulnérable, de la fragile jeunesse ? Une jeune fille ?
Ou alors, pour un bonheur retiré avant d’être offert ? Pour ce qu’elle aurait dû devenir ?
Certes, mais aussi… dommage.
Que d’élans généreux pourtant dans le garçon ; que de confiance instante aussi, sans précaution aucune, et que tout autant prendrait la mort, comme en traîtrise. Le garçon porte un enthousiasme au monde, lui rend, à lui seul, toute sa jeunesse, et ses promesses. Il foule de nouveaux plis les tentures promises en héritage. Il s’engage sans finesse, mais non sans immensité.
La jeune fille et la mort : n’est-ce pas là déjà cette emprise des sens en sourdine ? en écho d’une silhouette déjà apprêtée ? Un féminin pur, simplement parce qu’elle reste dans son ébauche vive… Voilà une force intime, un élan secret et généreux, la matrice de tout un monde qui, par la mort, se met à part du monde, et de sa genèse compliquée ? C’est un rêve intime du poète, du peintre solitaire, qui s’écroule, à s’atténuer au simple souvenir, et qui s’élance en même temps dans une perfection hors de portée, gravée jusqu’au granit.
Arnaud Dhermy
Qu'est-ce que Boire la tasse ? Avant tout, grâce à l'Arbre Vengeur, un recueil de quinze nouvelles de Christophe Langlois à paraître le 24 août prochain à l'heure du thé - ou du café, c'est selon...

"Comment vous dire. Je suis beaucoup moins sur le propos de votre vie que vous ne paraissez le penser. Pardonnez-le moi. Je suis un peu buté sur ma propre infortune et j'ai pris une horreur de tout ce qui ressemblerait à de la direction. Mais je suis entièrement sur le propos de votre âme et de votre oeuvre. Quand je vois les précautions incroyables que j'avais prises pour ne pas en perdre d'autres, que j'ai perdus, j'ai une terreur panique de commettre avec vous une maladresse ou d'exercer un atome de gouvernement."
De Charles Péguy à Jacques Rivière, le 22 août 1913 (introduction à Miracles d'Alain-Fournier)