Samedi 16 février 2008
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Il y a sans doute quelque naïveté à le dire, mais – le croira-t-on ?- j’ai découvert Ernst Jünger dans le jeune âge, à un moment de ma scolarité où l’essentiel
de la Seconde Guerre m’était encore inconnu. Et puisque l’actualité presse aujourd’hui chaque enfant de dix ans de franchir hardiment le cap de sa sensibilité pour « parrainer » un jeune disparu de la Shoah, je ne peux que me louer de cette – involontaire –
inconscience qui parraina, elle, ma découverte des Falaises de marbre.
Rien des implicites et des sous-entendus de ce livre ne m’apparut alors, et j’entrai sans
autre grille de lecture que celle d’un gamin dans cette société de deux hommes partageant leur temps entre leurs fleurs et leur bibliothèque. Je ne pus associer la figure du Grand Forestier ni à
Hitler ni à Staline, me contentant de la trouver effrayante et d’en retenir l’essentiel : une méfiance aiguë envers la force. Finalement, j’approuvai avec ardeur l’immense tranquillité des
deux botanistes devant l’incendie qui détruisit leur œuvre.
La grandeur, donc. L’appel à une vertu stoïque. Et la considérable nostalgie qui semble la
mère d’un style. Tous ces aspects se penchent encore sur le mince volume quand, aujourd’hui, je le regarde bien sûr d’un autre œil. Ces souvenirs du premier contact sont restés. Etrangement, ils
m’en disent plus long, il me semble, que la méfiance et le recul qu’ont inévitablement produit sur moi quelques autres lectures, depuis, au sujet du maître allemand.
Si la notion de pureté en lecture est un non-sens – on lit toujours d’après ce qu’on a lu ou
depuis les lectures dont on hérite par conversation -, il me semble que cette absence de jugement me permit de lire Jünger. De le lire, tout simplement. D’abord. Et par la suite,
j’abordai avec au moins un peu d’amour pour l’homme, ces délicates questions qui tourmenteront longtemps encore le front des lecteurs les plus mûrs. La question de savoir ce que lui et Gide se
sont dit, ce 2 décembre 1942, rue Vaneau. Celle de savoir ce que pensait l’écrivain allemand lorsqu’il voyait l’étoile jaune sur le col d’un passant. Celle de ne pas parvenir à imaginer qu’on
puisse écrire tant de choses magnifiques tout en portant l’uniforme allemand, ni refuser tant de fois les honneurs des
nazis tout en se taillant un franc succès en librairie du temps même de l'Holocauste. Sans parler d'une forme d'esquive perpétuelle des véritables enjeux du temps.
Mais sans doute l'auteur portait-il la meilleure part de lui-même dans ce livre, Sur les Falaises de marbre, dont le paradoxal triomphe porta aux yeux des nombreux lecteurs
allemands de 1939 la phrase suivante : "nulle maison n'est bâtie, nul plan n'est tracé, où la perte future ne soit la pierre de base, et ce n'est pont dans nos oeuvres que vit la part
impérissable de nous-mêmes. Cette vérité pour nous jaillissait de la flamme, et cependant son éclat se mêlait d'allégresse. Aussi pressions-nous le pas dans le sentier, pleins de forces
nouvelles. Il faisait noir encore; mais la fraîcheur de l'aube montait déjà des vignobles et des pâturages riverains. Et notre coeur croyait bien sentir que les feux dans le ciel perdaient un peu
de leur violence sinistre; ils étaient mélangés d'aurore."
La haute tenue de cette traduction semble préfigurer un certain enthousiasme pour la mort - enthousiasme qu'on ne cesse d'interroger avec inquiétude, en se demandant s'il ne s'agit pas d'une
espérance de commande nécessaire à l'équilibre de la narration. Bien différente fut la démarche de Henri Thomas, son
traducteur, dont ce fut le premier livre édité, en 1942, chez Gallimard. Henri Thomas, qui fit peut-être davantage pour Jünger en France, que Jünger lui-même, pour reprendre la célèbre
boutade de Borgès au sujet de ses poèmes "améliorés" par la traduction française d'Ibarra. Il donna à une oeuvre décidément marquée au coin des vertus esthétisantes, solitaires et hautaines, une
limpidité et une rigueur presque jansénistes. Et comme tout auteur dont la traduction française se laisse oublier pour l'exprimer tout entier, Jünger est devenu grâce à Henri Thomas
français à son tour, ce qui expliquerait son succès durable aujourd'hui. Que nous le voulions ou non, il est devenu une part de la France. Que nos enfants lisent donc aussi
les Falaises de marbre, pour franchir sans dédain le seuil de leur propre Histoire.
Christophe Langlois
A l'occasion du dixième anniversaire de la mort d'Ernst Jünger, le 17 février 1998.
Par La Revue Anima
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Publié dans : recensions : Présent crénelé
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Vendredi 15 février 2008
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... Quelquefois, je me souviens d'îles en nage, auxquelles mon enfance, dérivée, a voulu s'amarrer; en ce temps-là, je crus que je savais écumer.
Le silence, autrefois, était pays ami que je rêvais comme fleuve
auteur de nos sources, et la vie sans paroles, de mon histoire commençante, fumait les autels.
Aimer n'avait nul sens, les jardins croisés tâchaient de bouturer leur ciel, le
chant, pour rester puissant, cherchait à éluder les lèvres.
Claude Hardy
Extrait de Seigneur, prends-moi..., décembre 2007.
Par La Revue Anima
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Publié dans : création : Nef des fous
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Jeudi 14 février 2008
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Des arômes subtils nagent en pleins vergers,
Tout autour des bosquets fleuris des promenades
Où le kokila dit ses folles sérénades
Au dahlia qui croît entre les orangers.
Et sur les gazons doux comme des satinades,
Ceinte d'un voile pourpre aux plis fins et légers,
Khirma s'endort au sein des rêves mensongers,
Près du yali désert flanqué de colonnades.
Sa lourde tresse blonde ondule sur le sol
A la vague des mers en sa forme pareille;
Et la fière indolente au vent du soir sommeille
Sous le palétuvier qui s'ouvre en parasol,
Et la clarté qui fuit, éperdument vermeille,
Mêle des reflets d'or aux blancheurs de son col.
Arthur de Bussières (1877-1913),
in Les Bengalis
Par La Revue Anima
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Publié dans : citations : Jardin des délices
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