suite de Nicodème, paru le dimanche 17 février
Le chapitre 4 de saint Jean est centré sur la rencontre de la Samaritaine. Quelques détails à noter, qui sont toujours significatifs parce qu’ils sont symboliques.
L’évangéliste nous parle de midi ; midi c’est curieux. Ce n’est pas une heure où les femmes viennent puiser l’eau, en général c’est au petit matin. Cette heure de midi, dans l’esprit de saint Jean, est une heure symbolique. Plusieurs fois il sera question de la lumière du jour opposée aux ténèbres de la nuit. Il est évident que midi c’est l’heure de la pleine révélation.
On remarquera que l’action se passe près d’un puits. Or en hébreu le nom par lequel on désigne un puits est à une voyelle près le mot qui signifie un don, un cadeau. Et le don de Dieu ce n’est pas seulement le puits que l’ancêtre Jacob a donné à ses fils, le Christ aussi va faire un don.
1 - la Samaritaine
L’heure de Dieu. Si le catéchète prend cette heure de midi, qui est une heure dure, c’est pour dire que quand Dieu se révèle, ce n’est pas toujours à l’heure la plus facile, c’est souvent à une heure d’épreuve, une heure difficile, et il faut toujours être prêt. On ne choisit pas l’heure de notre rencontre de Dieu.
Si Dieu prend l’initiative, est-ce qu’Il a besoin de nous ? Est-ce parce qu’il lui manque quelque chose ? Est-ce qu’il faut comprendre que Dieu a besoin des hommes ?
En fait que faut-il dire de Dieu ? Dieu n’a pas besoin des hommes mais Il EST accueil et appel. Un besoin serait une faiblesse pour Dieu, marquerait un manque en Dieu. Comment comprendre que Dieu prend l’initiative, c’est qu’Il est appel. Il est dans la nature de Dieu de se donner et de créer des êtres pour qu’ils entrent en communion avec Lui.
Dieu n’a pas besoin de nous mais nous, il est essentiel que nous soyons des hommes de désir. Avant de donner, Dieu éveille et suscite le désir, Dieu attend l’éveil du désir.
L’eau vive, l’eau d’en haut et d’en bas. Bien que ce soit une catéchèse baptismale l’eau dont il est question n’est pas l’eau du baptême. Car quel est le signe du baptême ? le bain. De l’eau dont il est question ce n’est pas une eau dans laquelle on se baigne, c’est une eau dont on s’abreuve, ce qui est tout à fait différent. Cette eau a un rapport avec le don de Dieu dont le Christ est porteur, or ce don c’est la rencontre de Jésus comme sauveur. Et c’est dans ce sens-là que le chapitre est une marche vers le baptême, c’est la rencontre d’une parole qui sauve.
Quand Dieu donne, que donne-t-Il ? Il se donne. Si j’accueille Dieu qui se donne j’accueille en moi une source et c’est cette source qui est jaillissante pour les autres. Ce Dieu source qui se donne me transforme en source.
Les conditions d’accueil de la femme de l’offre de Dieu. C’est la femme aux cinq maris. Celui avec qui elle est n’est pas son mari.
Des cinq maris on pense aux cinq premiers jours de la création, dont la vie n’émerge pas jusqu’à l’homme ; c’est encore la vie dans sa matérialité.
La relation conjugale faussée vécue par la femme devient le symbole d’une attente d’une relation conjugale nouvelle qui la fait renaître dans le baptême. Autrement dit je parle ainsi à mes catéchumènes : quelle que soit votre situation le baptême vous est proposé comme un renouveau intégral, complet, en profondeur, et ce renouveau dépend de notre accueil de la Parole.
Donc la Samaritaine était en totale stérilité jusqu’à ce qu’elle rencontre le Christ, or la fécondité va s’exprimer par tous les gens de son village qui vont venir trouver le Christ. Dès l’instant qu’elle connaît le Christ et qu’elle renaît dans le Christ elle devient féconde et elle va entraîner la conversion de son village.
2 - discussion avec les disciples
Les Apôtres arrivent apporter de la nourriture et Jésus leur dit : « ma nourriture c’est de faire la volonté du Père ». Cela signifie que par le baptême vous allez passer du terrestre au divin, vous allez changer totalement de registre.
En négligeant la nourriture apportée par les Apôtres, le Christ aggrave l’équivoque, Il demande à boire et Il n’a pas bu ; on lui apporte à manger et Il ne manque pas. En fait le Christ est venu nous inviter au dépassement du corporel pour nous communiquer sa faim et sa soif, mais Il a soif d’être bu et faim d’être mangé.
3 - le retour des Samaritains
La femme avec qui le Christ avait parlé est retournée à son village. Elle ne dit pas comme André et Philippe : « nous avons vu le Messie » ; elle dit : « j’ai rencontré un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-il pas le Messie ? » Elle partage sa faim même quand elle n’est pas encore capable de transmettre ce qu’elle a reçu ; c’est le plus important.
Ce que veut montrer, semble-t-il, l’évangéliste, c’est la façon dont vont réagir les Samaritains : « Tu as éveillé notre curiosité mais maintenant nous l’avons rencontré, et nous savons, et nous croyons qu’Il est vraiment le sauveur du monde ». Son témoignage a servi de point de départ, il a ouvert la porte mais on en sait beaucoup plus parce qu’on l’a rencontré. La foi n’est pas simple connaissance intellectuelle mais la naissance à un monde nouveau, un regard nouveau porté sur le monde.
4 - la guérison du fils de l’officier
L’enfant guéri donne l’impression d’un épisode ajouté au bout du chapitre. En fait, après des explications un peu complexes,
saint Jean va donner un fait, un petit fait. L’homme laisse son fils pour trouver Jésus. « Va, ton fils vit. » Et l’homme lui fait confiance et il s’en va. « Ton fils vit »
est répété trois fois, le fils vit parce que Jésus a parlé ; l’homme a fait confiance à la Parole que Jésus lui avait dite.
C’est une conclusion qui est mise en application du chapitre : si tu crois en la Parole, tu vis. L’acte de foi ne repose pas sur des signes mais sur l’adhésion à la Parole. Le Christ l’a
éprouvé en lui disant : ton fils vit, sans faire de grand signe. Et l’homme l’a cru. C’est l’exemple qui termine une leçon compliquée.
Pourquoi saint Jean insiste tant sur le fait que c’est une femme samaritaine ? Le Christ va se révéler à une étrangère quasi païenne et qui de plus est adultère. Cette femme est le symbole de tous les hommes qui sont appelés à la foi sans aucun mérite préalable. Rien ne les sépare.
recueilli par A.D.
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