Mardi 4 décembre 2007 2 04 /12 /Déc /2007 08:48
Méditation des Lectures du 1er Avent

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Un ami me confiait récemment qu'il ne comprenait pas la période de l'Avent. S'il lui était parfaitement clair que le Carême représentait la montée vers Pâques, il voyait mal à quoi l'Avent nous préparait. 

Il est vrai que les deux fêtes peuvent s'éclairer l'une l'autre. Elles forment comme un diptyque de la liturgie annuelle. Ne pourrait-on dire que Pâques oriente vers l'au-delà - la promesse de la résurrection - et que Noël courbe vers l'ici-bas - la réalité de l'incarnation - ?

Pour ceux qui ont connu le bonheur d'une naissance, il est vrai que la fête de la Nativité se colore d'une lumière toute particulière. La délicate courbe des joues du nouveau-né, la chaleur de son poids, l'invraisemblable finesse des traits, tout nous parle en lui de la toute-puissance du Créateur. Vraiment, tout père qui a tenu son enfant contre lui le sait : nous n'aurions jamais pu créer cela nous-mêmes. Le nourrisson nous place devant ce qui nous dépasse. Son mutisme même introduit corporellement en nous le silence bienheureux qui rayonne derrière toute parole d'amour.

Enfin, comment ne pas voir qu'un enfant, à sa naissance, requiert de ses parents des comportements, des regards, des attentions qui ne faisaient justement pas partie de leurs habitudes, et qu'il y a là aussi une promesse de devenir... Par la suite, à travers les périodes plus agitées, les cris, les nuits blanches, comment ne pas sentir aussi qu'il nous est donné de tenir le cap ? Que ce ne sont pas seulement nos propres forces que nous mettons en jeu ? Envers et contre tout, nous agissons pour que cette vie familiale ressemble à quelque chose, nous parions que malgré le tumulte cette cohabitation avec l'enfant va prendre forme, que les gestes que nous ne savons pas faire vont nous venir...

Il serait bien long de prouver ici qu'il existe une promesse de l'incarnation tout aussi réelle, tout aussi joyeuse que la promesse de résurrection. Qui la rejoint en quelque sorte. Mais c'est bien l'idée. L'esquisse de Noël.

Or, quand l'évangile du 1er Avent nous parle de l'avènement du Christ, ce n'est pourtant pas du tout une joie de maternité et d'anniversaire qu'il nous décrit. A nouveau, cela sonne comme une provocation à nos oreilles. Noël ne serait pas uniquement la fête du tout-petit, du très-faible, du murmurant ? Apparemment pas !

La venue du Christ est comparée à trois fléaux : l'engloutissement du Déluge, la maladie mystérieuse qui s'abat sur quelques-uns, et pour finir en beauté ce répertoire de l'inattendu, le cambriolage. Qui n'a éprouvé, retour de vacances, ce doute soudain devant sa maison, se demandant si elle avait été visitée ? Qui n'a été témoin d'un cancer brutal, venu séparer les êtres : "l'un est pris, l'autre est laissé" ? Enfin, qui n'a songé à l'horreur que représente une catastrophe naturelle ou une explosion atomique survenant dans un pays où "les gens ne se sont doutés de rien" ?

Cet avènement du Christ n'est donc pas doux. Il n'est pas non plus glorieux. Mais alors, pourquoi invite-t-il les disciples à considérer sa propre venue à la lumière de ces catastrophes ? C'est une question que certaines homélies refusent pieusement de se poser. On a pu entendre ainsi un certain prêtre déclarer dimanche que ces paroles étaient mystérieuses, qu'elles nous maintenaient dans l'humilité, qu'il était bon de n'avoir pas réponse à tout, que seuls les intégristes avaient réponse à tout, que Dieu était transcendant.... Certes ! Mais le Christ ne nous convie-t-il pas à participer à sa transcendance, par la contemplation du mystère ? Le mystère n'est pas une formule pour baisser les bras, mais un au-delà pour les lever.

C'est donc que cet évangile veut nous dire quelque chose; qu'il ne se contente pas de nous raconter qu'il n'est pas bon d'essayer de comprendre, que nous n'y arriverons jamais, que Dieu est impossible avec ses devinettes, en quelque sorte ! Je ne peux m'empêcher de rêver aussi devant un certain intégrisme de la non-contemplation, placé sous le sceau de l'amabilité la plus chrétienne, la plus sociable, mais dirigé contre le silence, contre la solitude, contre la possibilité même d'une lumière intérieure... Oui, cette tendance existe, et il est si malaisé d'en parler sans courir à la désunion, que j'hésite à mettre des mots dessus. Et pourtant... il y a bien là tous les signes d'un évitement de la parole de Dieu.

Donc, reprenons : Noël, l'Avent, l'attente d'un avènement. Il y a rupture franche entre une naissance et ce qui nous est décrit là comme calamité. Disons-le : la venue du Christ est placée sous le sceau de la mort. Tout simplement. Pourquoi avoir peur de prononcer le mot ? Car au fond, je ne vois pas d'autre raison de s'être abstenu pendant dix minutes de sermon de nous parler du texte et pas d'autre chose. La mort, donc. La souffrance ? Non moins que la mort. Mais la surprise aussi, la mauvaise surprise de la mort. C'est tout à fait ça qui est décrit : "Deux hommes seront aux champs : l'un est pris, l'autre laissé. Deux femmes seront au moulin : l'une est prise, l'autre laissée." Et "A cette époque, avant le déluge, on mangeait, on buvait, on se mariait, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche. Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu'au déluge qui les a tous engloutis."

Evidemment, ce n'est pas rose. Mais c'est la vie. Autour de nous, combien d'incidents comparables, combien de proches rappelés subitement à Dieu, combien de places laissées béantes au moulin et aux champs ? Et combien de ces fêtes insouciantes, de ces mariages où l'on trinque sans bien savoir ce que l'on fait ? Mais au fond là n'est pas la question. Nous ne pouvons porter en nous intacte et permanente la préoccupation de la mort. Nous ne mesurons pas assez à l'aune de cette mort ce que doit être notre vie, mais c'est tout à fait compréhensible. Il semble même impensable de conjuguer bonheur et conscience de notre condition mortelle.

A quoi sert alors cet évangile ? A nous faire peur, comme disent ceux qui n'aiment à voir dans la Bible qu'un instrument d'aliénation ? Sans doute pas à nous rassurer, si c'est cela qu'on veut entendre. Mais disons plutôt, à nous inquiéter. A nous faire sortir de la quiétude : "Frères, vous le savez : c'est le moment, l'heure est venue de sortir de votre sommeil." A nous faire considérer le temps présent comme l'enveloppe d'un temps ultérieur, celui de la lumière. Il me semble que cette mauvaise surprise de la mort, je l'envisage secrètement depuis toujours comme ce qui vient mettre en pleine lumière l'ensemble de ma vie. Plus rien ne sera caché. Tout ce qui a été dit, écrit, pensé, ressenti, vient à la connaissance. Se révèle. Et ce sera étonnant. Ce sera inconfortable aussi. Nous avons tant de choses à cacher ! Mais avoir peur d'un tel instant serait sans compter sur le regard de vérité et de miséricorde de Dieu sur nous. Il ne fait pas peser sa vérité : il l'offre.

Et sans doute le Christ ne dit-il jamais à ses disciples qu'ils seront prêts : "c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra"...Il les exhorte à l'être. Mais le seront-ils ? Certainement pas ! Et nous pas plus qu'eux. Alors ? Sachant que jamais notre attention ne sera assez soutenue pour être prêts au moment où Il viendra, comment nous comporter ? que faire ? Ce serait déjà un miracle si, ayant lu l'Evangile, l'ayant écouté, nous étions prêts à ne pas être prêts. Si nous acceptions d'emblée d'être perpétuellement surpris, y compris par le malheur. Cela nous permettrait au moins de ne pas nous enfermer en lui. Comme nous le chantions à pleine voix en sortant de l'église :
"...Tu nous entraînes
A risquer notre oui aux imprévus de Dieu..."

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                                                     Christophe Langlois
Par La Revue Anima - Publié dans : réflexion : Châteaux en Espagne
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Dimanche 25 novembre 2007 7 25 /11 /Nov /2007 22:54


La mort de Tybald,

Roméo & Juliette, S.Prokofiev

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            Comme cela se disait donc, le roi Artu voyait son entourage légendaire se dissiper inexorablement. Ceux qui avaient eu la faiblesse, la vanité de le rejoindre, il les gardait jalousement auprès de lui. Aussi, à l’approche de la Noël, les chasses à courre vinrent à point pour dissiper lassitudes et mécontentements. Artu était fier d'offrir à ses hôtes ce qui constituait désormais l'une de ses principales raisons de vivre. Excepté banqueter bien sûr.

Ce climat fraîchissant d'intense préparation, comme pour le départ précipité devant un envahisseur redoutable, rendait à cette vieille cour une allure et une vie que l'on ne retrouvait, après tout, nulle part ailleurs.

 

            A la nuit, Logres s'emplissait des bramements insolites, à croire que d'un seul coup tous les vieux troncs qui soutenaient la feuillée étaient en train de tomber des mains d'un bûcheron insaisissable et qu’ils grinçaient sans répit dans leur chute.

            Les veneurs et leurs apprentis faisaient leurs derniers repérages ; les courées étaient remplies d'aides et de pages tandis que les meutes avaient été acheminées là selon les âges, prêtes à être dispersées dans la forêt, et les limiers qui avaient le nez suffisamment affiné et ceux trop jeunes qui n'avaient pas été parfaitement dressés au lièvre.

            Les veneurs faisaient silence de leur travail et les chevaliers inactifs attendaient à l'orée de la forêt, les vues toujours plus à se perdre dans les sous-bois.

 

            Pourtant, au soir d'une journée où chiens et gens avaient complètement disparu du château, facticement calme et silencieux, l'Assemblée fut convoquée et il n’y eut personne à se faire attendre.

            Assis au milieu de tous ses gens, Artu avait regagné son ardeur passée. On lui présenta les fumées de la bête à courir. Un veneur, qui avait battu sur ses brisées, la jugea bien sommée, de douze cors sans aucun doute.

            Personne ne pouvait se vanter de l’avoir surprise mais le veneur était sûr de sa bête. Elle n'avait pas de refus, ils allaient faire bonne chasse !

 

            A l'aube suivante, la troupe des chevaliers et des chasseurs partit avec armes et flèches et remonta la Risule jusqu’à l’une de ses îles, sous Logres, où attendait le premier relais ; des limiers des plus experts pour bouter la bête, pour la lancer hors de sa reposée.

 

            Loin derrière la troupe, allait le train de la reine. Messire Elyandon accompagnait ces dames. Pour l'heure, il avait jugé bon de rester à leurs côtés, peu enclin à s’évaporer de réparties et attentif d’en connaître un peu plus de ce qui lui échappait des femmes.

Il raillait la bruyante cohorte qui les précédait : « La bête pouvait aller d'assurance partout à sa guise, avec une pareille meute de rustauds ! »

Arnaud Dhermy 

Par La Revue Anima - Publié dans : création : Nef des fous
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Jeudi 22 novembre 2007 4 22 /11 /Nov /2007 17:03

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Puisqu'il n'est cuivre, pierre, terre, ni mer illimitée,

Dont la dure mortalité ne jette bas le pouvoir,

Devant violence telle, comment beauté assurerait sa défense,

Elle dont l'action n'a pas plus de poids qu'une fleur ? 



Comment, oh ! comment le souffle de miel de l'été tiendrait-il

Contre l'assaut dévastateur du bélier des jours,

Alors qu'il n'est pas rochers imprenables si éprouvés,

Ni portes de fer si résistantes, que le Temps ne les puisse ruiner ? 



O effrayante méditation! Hélas, où restera caché

Le meilleur joyau du Temps hors du coffre du Temps ?

Quelle main robuste pourra retenir Son pas précipité ?

 

Qui interdira sa mise à sac de la beauté ?

Oh! personne, sinon le prodige ayant vertu

Que mon amour encore flamboie dans l'encre noire. 




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                                  Shakespeare, Sonnets  (LXV)

Par La Revue Anima - Publié dans : citations : Jardin des délices
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Texte Libre

Qu'est-ce que Boire la tasse ? Avant tout, grâce à l'Arbre Vengeur, un recueil de quinze nouvelles de Christophe Langlois à paraître le 24 août prochain à l'heure du thé - ou du café, c'est selon...

 

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Lueur

"Comment vous dire. Je suis beaucoup moins sur le propos de votre vie que vous ne paraissez le penser. Pardonnez-le moi. Je suis un peu buté sur ma propre infortune et j'ai pris une horreur de tout ce qui ressemblerait à de la direction. Mais je suis entièrement sur le propos de votre âme et de votre oeuvre. Quand je vois les précautions incroyables que j'avais prises pour ne pas en perdre d'autres, que j'ai perdus, j'ai une terreur panique de commettre avec vous une maladresse ou d'exercer un atome de gouvernement."

De Charles Péguy à Jacques Rivière, le 22 août 1913 (introduction à Miracles d'Alain-Fournier)

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