Anima a cessé de planer... pour souffler depuis le 8 avril 2011 dans Boirelatasse...
Anima a cessé de planer... pour souffler depuis le 8 avril 2011 dans Boirelatasse...
L'amour, c'est beaucoup plus que l'amour. Il y entre autre chose, l'esprit après les sens, l'âge, la douleur...
Je crains que, faute d'éducation, les jeunes filles d'aujourd'hui ne sachent pas aimer. L'amour exige certaines préparations, une retenue, des réserves, une rêverie préalable, comme une religion
qui a été très tôt déposée dans le coeur.
Trop de rencontres, trop de facilité à se lier, gênent le choix, engourdissent l'instinct. C'est une concentration du sentiment qui fait découvrir dans un être ce qu'il peut donner.
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Que deux êtres destinés à s'aimer se rencontrent, c'est incroyable. Le cas est rare et l'on pourrait se dispenser d'en parler. Cependant, tout se passe dans la société comme si l'exception était
la règle, l'amour partagé et durable, ce que le mariage suppose. Tout est organisé en faveur de l'exception merveilleuse.
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Le bonheur d'un couple de très jeunes mariés est si innocent, comme tous les bonheurs, qu'il n'a vraiment pas de réalité. Ces jeunes gens ne savent pas qui ils aiment et s'ignorent eux-mêmes. Que
tant d'aveuglements porte en soi, parfois, un instinct très sûr, et que ce couple, sortant de la nuit et enfin diversifié, absolument autre, n'ait pas de repentir, c'est étrange, mais cela se
produit.
Le bonheur par l'amour, je me le représente plutôt dans l'âge mûr, lorsqu'on a conscience du miracle qui le constitue, de ses rapports avec la souffrance, de ce qu'il vous donne et peut
reprendre.
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Les plaisirs de l'intimité sont faits de rien: un entretien affectueux, la beauté d'un arbre, l'art, un regard tendre.
Les signes véritables de l'amour, indépendants du tempérament, sont si discrets qu'on douterait d'un tel sentiment: ainsi de toutes choses profondes, belles ou vraies; elles sont à peine
distinctes.
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L'amour ? une indulgence infinie, un ravissement pour de petites choses, une bonté involontaire, un complet oubli de soi-même.
Cette vocation pour un être, qu'on appelle amour, les renoncements qu'elle veut, ce sentiment changeant et obstiné, ce jugement plein d'illuminations et d'aveuglements, c'est une grande affaire
et très mystérieuse !
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La jeune fille est formée par la rêverie. Tout d'un coup, la maternité l'assujettit et lui impose cette vigilance minutieuse, ce profond réalisme, qui permettent aux enfants de vivre. En même
temps, la femme est aux prises avec les calculs précis et connaît tout le poids de la vie matérielle. Son courage et son adresse en face d'une épineuse réalité atteignent au sublime chez les
pauvres.
C'est l'homme qui rêve, ou qui boit.
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Les enfants, c'est le monde tumultueux des cris, des larmes, des pas précipités, des émotions brèves, intenses toujours, qui formeront plus tard un composé neutre, et jusqu'à cette dilution de la
maturité qui a nom sagesse.
Les jeunes mères tâchent de calmer la terreur de l'enfant qui ouvre la bouche devant un jet de vapeur ou un animal; elles dorment auprès de lui et ne le quittent jamais - surveillantes qui n'ont
plus de liberté, ni même d'existence personnelle. Naguère, elles étaient presque des enfants, jeunes filles vacantes qui avaient un caractère indépendant, et des idées sur l'amour, et l'intention
d'être heureuses à leur façon. Les voici pliées à une servitude qu'elles n'imaginaient pas du tout et qui leur est subitement naturelle.
Jacques
Chardonne, L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour
éd. Albin Michel, (1957)
Adieu forêt aux yeux funestes, Gauvain ne quêtera plus la geste épiant son salut, hérissonnant sa lance.
Adieu forêt, Gauvain est partance;
tu peux le dire à ceux l'ayant vu, doux ainsi qu'une offense, rêver son épée, charger tout ce qui vécut contre sa parole.
L'acier des hauberts, mon âme jadis en raffole.
Mais aujourd'hui, point d'ennemi.
Gauvain s'en va à la suite de sa vie.
Bel ami, tes armes déjà reposent,
et les dames amourées depuis grand temps, sur toi, se sont closes.
Tu rêves encore à celle, de bleu envêtue,
laquelle parut un soir alors que la sylve déjouait ta chevauchée têtue;
"Belle, rendez-moi la lumière
qu'Eve évadée de Paradis a faite prisonnière...
Dites-moi, savez-vous quelque chose à oser
à quoi demain mon âme se pourrait fiancer ?
Mais voici l'heure de rosée, le soleil donne de l'oliphant,
déjà le jour me jette son gant."
Il est fourvoyé, le prince dont j'avais l'habitude,
l'âme me manque, dernière neige chutée avant le printemps de la solitude.
Une femme sombre travaille derrière moi
et dans les taillis j'entends qu'elle décharne sa voix.
Son nom met en fuite les lèvres de ses élèves, tandis que le pays qu'elle enseigne, de l'hiver, regagne les pas.
La dame obscure demande le costume de sa loi aux sables dévêtus
et les livres qu'elle aime ne m'ont pas encore lu.
Mais je pense à vous, belle douce amie, qui m'avez hissé hors de déchéance :
votre mystère en chair s'évertue, cependant que la nuit ne se souvient pas de mon corps.
L'espérance procure sa danse dernière lorsque l'inadmissible aurore ne m'admettra plus.
Chère, voulez-vous que je cherche, et bien avant l'enfance,
l'époque tirée au clair dont l'âge fomente l'issue ?
Claude Hardy, avril 2008
Qu'est-ce que Boire la tasse ? Avant tout, grâce à l'Arbre Vengeur, un recueil de quinze nouvelles de Christophe Langlois à paraître le 24 août prochain à l'heure du thé - ou du café, c'est selon...

"Comment vous dire. Je suis beaucoup moins sur le propos de votre vie que vous ne paraissez le penser. Pardonnez-le moi. Je suis un peu buté sur ma propre infortune et j'ai pris une horreur de tout ce qui ressemblerait à de la direction. Mais je suis entièrement sur le propos de votre âme et de votre oeuvre. Quand je vois les précautions incroyables que j'avais prises pour ne pas en perdre d'autres, que j'ai perdus, j'ai une terreur panique de commettre avec vous une maladresse ou d'exercer un atome de gouvernement."
De Charles Péguy à Jacques Rivière, le 22 août 1913 (introduction à Miracles d'Alain-Fournier)